L’article de Mediapart du 6 mai 2017 dresse le portrait d’un réseau antifasciste, Ras l’Front, qui aurait perdu de sa vigueur après 2002, jusqu’à quasiment disparaître. Présenté comme un outil de lutte contre le Front national de l’époque, l’article souligne à la fois la puissance de mobilisation de ce réseau dans les années 1990 et son effacement progressif au profit d’autres formes de mobilisation.
Mais est-ce si simple ? Et surtout, que reste-t-il aujourd’hui de cet engagement ?

Ras l’Front, une réponse populaire à une menace montante

Ras l’Front est né en 1990 dans le sillage de l’Appel des 250, alors que la percée électorale du Front national inquiète. Face à un parti raciste et xénophobe qui s’installe durablement dans le paysage politique, Ras l’Front a proposé une riposte populaire, largement ancrée dans les quartiers, les syndicats, les collectifs d’artistes et les milieux militants. Fort de ses publications, manifestations, actions de rue basé sur l’éducation populaire, son approche était claire : le fascisme ne serait pas combattu seulement dans les urnes ou les débats télévisés, mais par une contre-offensive sociale, culturelle et politique.
L’affaiblissement du réseau : une disparition ou une mutation ?
L’article de Mediapart insiste sur un essoufflement à partir des années 2000, notamment après le 21 avril 2002. Le choc de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle a entraîné une mobilisation massive, mais aussi une forme d’institutionnalisation du combat antifasciste, absorbé en partie par les grandes formations politiques ou les collectifs citoyens plus ponctuels.
Mais parler de disparition, c’est sans doute méconnaître la manière dont les luttes se sont transformées. Car si Ras l’Front, en tant que structure nationale, s’est effacé, son esprit subsiste dans nombre d’initiatives antifascistes contemporaines. À l’heure des médias sociaux, des luttes intersectionnelles et de la radicalisation du paysage politique, l’antifascisme a changé de forme, mais pas d’objectifs.
Quelques collectifs Ras l’Front, souvent constitués autour de militant·es historiques, continuent d’exister ici ou là (Comme à Rouen, Voiron, Grenoble…), dans une forme plus informelle, en soutien à des mobilisations locales ou pour maintenir vivante une mémoire antifasciste précieuse.
Si le réseau national s’est éteint, les braises de l’engagement sont toujours là.«
M
RLF : faire vivre une mémoire pour penser l’action
Même si le nom Ras l’Front (RLF) n’est plus celui d’un réseau national, il incarne aujourd’hui une énergie antifasciste. Encadrée par de jeunes militant·es, cette dynamique s’inspire de l’esprit des collectifs originels sans vouloir les répliquer.
Il ne s’agit pas de rejouer les années 90, ni de mythifier une époque, mais bien de s’appuyer sur une mémoire militante riche pour affronter les formes contemporaines de l’extrême droite. Cette dynamique se nourrit d’un regard critique sur l’histoire du mouvement, de ses limites comme de ses forces, tout en affirmant que l’antifascisme reste une urgence. Comme le rappelle un article de Politis en mai 2022, « il y a urgence à recréer un front antifasciste », à sortir de l’entre-soi, à tisser des alliances larges, à nommer clairement l’ennemi. Il s’agit de renouer avec une logique de réseau, de front commun, de solidarité concrète face aux violences d’un système qui se durcit.
L’antifascisme n’a pas disparu. Il s’est transformé. Et dans une période où l’extrême droite continue de progresser, dans les urnes comme dans les rues, il est plus que jamais nécessaire de lui opposer une force collective, déterminée. Une force qui connaît son histoire, mais qui refuse de s’y enfermer.
Reprendre le flambeau de Ras l’Front, c’est choisir de faire front, ici et maintenant.
Pour aller plus loin :
https://www.politis.fr/articles/2022/05/recreer-un-front-antifasciste-44476
