Comprendre le fascisme pour mieux le combattre
À partir d’une intervention de Vanina Giudicelli
Le mot fascisme est souvent utilisé dans les débats publics, parfois jusqu’à perdre de sa force. Pourtant, comprendre ce qu’il recouvre est essentiel : non seulement pour nommer le danger, mais aussi pour organiser la riposte. Dans une intervention publique forte, Vanina Giudicelli propose une lecture claire et engagée de ce qu’est le fascisme aujourd’hui en France, et pourquoi le Rassemblement national doit être qualifié comme tel.
Un projet politique de conquête et de transformation
Le Rassemblement national (RN) n’est pas seulement un parti à succès électoral : c’est un projet de société global, qui vise à transformer l’État et les rapports sociaux. Il ne s’agit pas d’un simple programme de droite extrême, mais d’un projet idéologique structuré, fondé sur la pureté nationale, l’exclusion et la répression.
Comme les partis fascistes du XXe siècle, le RN cherche à apparaître respectable pour conquérir le pouvoir, tout en entretenant des liens avec des groupes violents. Sa stratégie électorale ne doit pas faire oublier son enracinement idéologique.
Le fascisme : une rupture, pas une continuité
Le fascisme n’est pas qu’un autoritarisme renforcé. Il s’agit d’une rupture avec les outils traditionnels du capitalisme libéral (comme les élections, les médias, l’école). Il s’appuie sur la création de mouvements de masse, qui adhèrent à un projet de purification nationale et d’exclusion des « ennemis de l’intérieur ».
Vanina Giudicelli s’appuie notamment sur les travaux de l’historien américain Robert Paxton, qui a montré que les régimes fascistes sont arrivés au pouvoir en réponse à une crise, en promettant un ordre nouveau — à travers la force, le nationalisme, et la destruction de toute opposition.
Le cœur social du RN : la petite bourgeoisie
Contrairement à une idée reçue, le vote d’adhésion au RN ne vient pas principalement des classes populaires, mais d’un cœur social composé de petites bourgeoisies : indépendants, encadrants, patrons de PME… Une partie des ouvriers et employés votent aussi RN, mais souvent sous influence ou pression sociale locale (notamment en zone rurale).
Cette distinction est importante : le RN ne défend pas les intérêts des plus pauvres, il leur propose un projet de repli identitaire et autoritaire, dans lequel la justice sociale est absente.
Le racisme, ciment du projet
Le racisme — qu’il soit islamophobe, antisémitisme, ou haine des personnes immigrées ou racisées — est central dans le projet du RN. Ce n’est pas une « dérive », c’est un fondement. L’idée de « préférence nationale », pilier du fascisme, structure leur vision du monde.
Ce racisme se conjugue avec une vision autoritaire de l’économie et de la société : il faut des chefs, punir les assistés, renforcer la répression… C’est un projet global, et cohérent.
L’antifascisme, une stratégie de vigilance et d’isolement
Vanina Giudicelli rappelle qu’un des principes fondateurs de l’antifascisme est simple : ne rien céder, ne rien banaliser, ne rien laisser passer.
Historiquement, les résistances les plus efficaces au fascisme ont consisté à empêcher leur implantation dans les quartiers, les lieux de travail, les universités, la rue. L’antifascisme, ce n’est pas seulement des principes : c’est une stratégie concrète, de terrain, d’isolement des groupes fascistes.
Aujourd’hui, cette vigilance a reculé. Le RN est invité dans les médias, traité comme un parti comme un autre. Des alliances tactiques se nouent, même à gauche. Pour Vanina Giudicelli, il est urgent de retrouver une boussole antifasciste claire, qui refuse les compromis et choisit son camp.
Refaire classe, bâtir la solidarité
Enfin, elle insiste sur une idée puissante : le fascisme divise, l’antifascisme rassemble. Il ne s’agit pas de « faire la leçon » à celles et ceux qui votent RN, mais de reconstruire des solidarités concrètes, de nommer les dominations, de défendre les opprimé·es.
« Notre classe sociale ne peut pas se permettre d’être individualiste, dit-elle. Elle doit s’appuyer sur la solidarité pour ne pas sombrer. »
Face à un projet de destruction, il faut un projet de transformation. C’est tout l’enjeu d’un antifascisme populaire, déterminé, solidaire et antiraciste.
Pour aller plus loin, l’intervention complète de Vanina Giudicelli :
